Il faut que je fasse quelque chose

Dans un premier temps je n’ai pas vraiment réagi. Tout ce qui s’était passé m’avait paru tellement étrange, lointain, dérisoire, presque risible, comme si j’étais dans une autre réalité… mais l’angoisse arrive inévitablement, et devient invivable. J’ai pourtant déménagé dans une autre ville, et j’ai quatre enfants, tout devrait aller bien. C’est surtout la nouvelle naissance qui a réactivé les souvenirs, désormais extrêmement précis et envahissants. Pour le moment, je ne veux pas entendre parler d’une procédure judiciaire, cela me fait beaucoup trop peur. Je décide quand même d’écrire une lettre à la direction de l’hôpital, j’ai impérativement besoin de dénoncer ce qui s’est passé afin de tourner la page. Après quelques hésitations, j’écris la lettre. Finalement j’arrive à tout dire d’une manière correcte, sur une feuille A4. Je me sens déjà soulagée d’un poids. J’envoie ma lettre en recommandé avec AR, pour m’assurer qu’elle sera lue. J’attends la suite.

Un mois plus tard, je n’ai toujours pas de réponse à ma lettre. Mon angoisse est plus intense. Je me rends compte que je ne peux plus vivre ainsi, je dois passer à la vitesse supérieure. Je sais qu’une procédure judiciaire est perdue d’avance, mais je n’ai pas d’autre moyen d’évacuer cette angoisse qui m’envahit. Je commence à chercher des coordonnées des avocats. Je contacte trois cabinets, mais j’appréhende… personne ne me donnera suite… ça ne sert à rien… Dans le doute, je me renseigne aussi sur les services d’accueil pour victimes, si jamais les avocats ne me répondent pas. Finalement, je reçois une réponse assez laconique : « Pour toute demande de rendez-vous, veuillez prendre l’attache du secrétariat ». Enfin ! Je téléphone et obtiens rapidement un rendez-vous. Quelques jours plus tard, j’y vais. Je dois sonner au portail, il y a un interphone avec caméra. Qu’est-ce que je dois faire avec la poussette ? Je la laisse à l’extérieur, et entre dans la salle d’attente avec le siège coque du bébé. La secrétaire a l’air sympathique. L’avocat ouvre la porte de son bureau et m’invite à entrer. C’est un monsieur très sérieux, d’une soixantaine d’années, qui ressemble à Maître Yoda. Il a un langage soigné, il parle avec des phrases construites un peu comme à l’ancienne. La décoration du bureau est très élégante. A côté des livres de droit, il y a aussi des livres sur l’archéologie et sur la théologie catholique. Tout cela crée une ambiance sereine. C’est la première fois que je raconte mon histoire à un inconnu. Ce n’est pas facile, mais au moins il y a une distance physique, une politesse, qui facilite la discussion. Je lui fais part de ma crainte face à la procédure, le manque de preuves notamment. Maître Yoda me conseille de voir un médecin, pour obtenir une attestation sur la réalité de ma souffrance psychique. Ensuite, nous pourrons mettre en route les procédures.

Sur les conseils de Maître Yoda, je vais donc voir un médecin psychiatre qui pourra attester de mon état de souffrance. Les psychiatres sont assez sollicités, et il est souvent difficile d’avoir un rendez-vous rapidement. J’ai de la chance : la psychiatre qui est la plus près de chez moi, peut me proposer un rendez-vous dans la journée grâce à une annulation de dernière minute. Je m’habille dans une tenue assez classique, je prépare les affaires de mon petit dernier, et je vérifie que le bébé est propre et bien habillé. Je veux paraître aussi censée et cohérente que possible, malgré mon mal-être. Je n’ai jamais eu besoin de psychiatre, et je ne suis pas vraiment à l’aise. Le cabinet se trouve dans un vieil immeuble près du centre-ville. Il y a une autre personne dans la salle d’attente. C’est un monsieur d’une cinquantaine d’années, qui est très poli et sympathique, malgré un look un peu étrange. Il vient probablement pour un suivi régulier. Il m’ouvre la porte et m’aide à ranger la poussette. Nous avons un semblant de conversation pendant quelques minutes.

C’est mon tour. La psychiatre est une dame plus âgée que moi, de petite taille, et très élégante. Elle m’invite à m’asseoir, je pose le siège coque du bébé à mes pieds. Enfin je peux tout raconter dans le calme à une personne neutre qui m’écoute, sans émotion ni jugement. La psychiatre me prend au sérieux, et établit un certificat sur mon état de stress post-traumatique. Elle constate que je ne suis pas délirante, et je n’ai pas besoin de suivi psychiatrique. Elle me recommande plutôt de prendre contact avec une psychologue, si j’ai envie d’entamer une démarche thérapeutique. La consultation se termine, je suis soulagée d’un poids. Et surtout, j’ai le certificat, le sésame qui me permet de mettre en route la procédure.

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