Quand la victime est une femme adulte

L’opinion publique n’aime pas les femmes adultes qui portent plainte pour agression sexuelle. Nous sommes soupçonnées d’être des mythomanes prétentieuses, ou bien nous sommes assimilées à des voleuses d’homme. On nous reproche d’encombrer les tribunaux avec nos histoires sans importance. Nous ne sommes pas des saintes, des victimes idéales. Nous ne devrions jamais parler de nos affaires, même pas dans une conversation banale. Tout cela devient fatiguant. Une petite mise au point s’impose.

– Je sais qu’il y a des affaires beaucoup plus graves, la mienne n’est rien à côté. Justement, puisque mon problème est aussi banal, il serait logique de pouvoir en parler d’une manière très simple, un peu comme on parle de la météo ou des horaires des bus. Sans émotion excessive.
– Je n’ai pas six ans, et je ne suis pas une déficiente mentale. Je ne suis donc pas » fragile », je n’ai pas besoin d’une compassion à cent balles. Je demande juste qu’on soit un minimum correct.
– Je ne demande pas qu’on considère mon stress post-traumatique comme une preuve en soi. Je ne demande pas qu’on condamne qui que ce soit sans preuve. A mon âge, je suis parfaitement capable de comprendre les principes fondamentaux de l’Etat de droit. Par contre, ce qui me ferait très plaisir, c’est qu’on prenne au sérieux les quelques éléments de preuve dont je dispose. Même si ce n’est pas forcément suffisant pour faire condamner mes agresseurs, au moins cela montre que je n’ai pas entièrement tort.
– Je ne suis ni une milliardaire, ni un cas social. Je suis une femme ordinaire. Concrètement, cela signifie qu’une procédure judiciaire nécessite un effort financier. Eh oui, je dois payer les services de mon avocat ! Il me faut aussi un peu d’organisation parce que, aussi incroyable que cela puisse paraître, j’ai mon quotidien à gérer. Pour les gens ordinaires qui ont des obligations familiales et professionnelles, ce n’est pas forcément facile de se libérer à une date précise. Quand on est convoqué à une expertise ou une audience, c’est pourtant ce qu’on doit faire. Bref, un procès n’est pas une aventure palpitante, mais plutôt un fardeau. A réfléchir, la prochaine fois que vous allez sortir une énième réflexion de café du commerce sur » les gens qui sont prêts à faire des procès pour tout et n’importe quoi ».

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