Si cela vous arrivait… 2, Exfiltrez-vous du poulailler !

Dans le billet précédent, j’ai traité des conditions qui favorisent l’agression sexuelle dans le contexte très particulier du bloc opératoire. Maintenant, si le mal est fait, qu’est-ce qui va se passer ? Comment réagir ?

Dans un premier temps, vous n’avez peut-être qu’un souvenir très flou de ce qui s’est passé. Vous êtes peut-être indifférente, vous trouvez l’incident dérisoire ou risible. Vous pouvez même faire une amnésie passagère sur une partie des événements. La durée de cette période est très variable selon les cas, en fonction de la sensibilité personnelle de la victime et la gravité du traumatisme.
Par la suite, la plupart des victimes développent des symptômes post-traumatiques. Si vous avez fait une amnésie totale ou partielle sur les événements, vous aurez des souvenirs angoissants, également appelés les flash-back, quelques temps plus tard, souvent suite à un événement déclencheur qui réactive la mémoire. Même chez les victimes qui n’ont pas eu d’amnésie, les souvenirs peuvent devenir envahissants. Cela peut conduire par exemple à un état dépressif, souvent accompagné d’un sentiment d’isolement ou de dévalorisation. Les personnes plus sensibles peuvent souffrir de crises de panique, ou de souvenirs tellement intenses qu’ils sont vécus comme des hallucinations.

Que faire ?
Tout d’abord, réfléchissez tranquillement, vous avez le temps. (Attention, ce conseil ne concerne évidemment pas les cas de viol qui laissent des traces d’adn, rarissimes en milieu hospitalier ; dans ce cas, le seul bon conseil est de porter plainte immédiatement afin de récupérer la preuve).
La vraie difficulté dans la plupart de cas, c’est qu’il s’agit d’une « agression sexuelle autre que le viol », qui ne laisse pas de preuve matérielle. Pas de témoin, pas de trace d’adn, que faire ?

Vous avez le droit de garder le silence sur les événements pendant votre hospitalisation. C’est ce que j’ai fait, et à posteriori je ne le regrette pas. Ne rien dire est votre droit le plus strict. Vous n’êtes pas tenue de « dialoguer » avec votre agresseur ou ses complices. Si toutefois vous dites quelque chose sur place, refusez toute tentative de médiation. Pourquoi est-il important d’attendre votre sortie ? Simplement parce que vous risquez de vous retrouver seule face à une équipe soudée et une hiérarchie écrasante. On vous fera comprendre gentiment qu’il s’agit d’un malentendu et que c’est vous qui avez un problème. Vous aurez peut-être droit à des excuses bidon, ou à des réflexions psychologiques à la petite semaine, pour vous faire changer d’avis et pour vous dissuader de porter plainte. Dans un état post-opératoire, vous êtes trop fatiguée pour faire face à cette situation. Notez aussi que ce n’est pas vous qui rédigez le dossier d’hospitalisation, vous aurez uniquement un droit d’accès à ces données. Si vous ne dites rien, il n’y aura aucune mention d’un problème, et ça sera la preuve qu’il ne s’est rien passé. Si vous signalez l’incident, soit il ne sera pas mentionné dans le dossier, soit il y aura des observations sur votre comportement ou votre état psychique, ce qui servira à prouver que vous êtes malade mentale. Quoi que vous fassiez, votre dossier jouera contre vous.

Pendant votre séjour, faites semblant de jouer le jeu, faites des sourires forcés, et employez abondamment les formules de politesse comme « bonjour », « merci » et « s’il vous plaît ». C’est bluffant, surtout dans un hôpital peuplé de patients agressifs qui passent leur temps à râler. Avec un peu de chance, vous pourrez sortir plus tôt que prévu. Reposez-vous bien pour retrouver vos forces, vous en aurez besoin par la suite.

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