Pourquoi la justice pénale n’est pas la solution

La violence sexuelle est un phénomène marginal, mais réel, dans les maternités. Malheureusement, faute de statistiques et de débat sérieux, toute réflexion sur le sujet reste au stade des fantasmes et du discours de café du commerce. Au pire, les affaires les plus choquantes sont médiatisées d’une manière totalement déplacée, sans le moindre souci du respect de la procédure. Ces faits divers extrêmes sont, à mon avis, seulement la partie émergée de l’iceberg. Il y a un problème culturel plus large, dont les agressions sexuelles ne sont que le signe le plus visible.
Comme j’ai déjà dit dans un autre billet, j’ai été surprise de découvrir l’univers de l’obstétrique, extrêmement machiste, hiérarchique et autoritaire. J’y ai découvert un paternalisme condescendant que je ne pensais même plus exister. Malgré la féminisation progressive de cette spécialité, on sent encore l’héritage lourd de la domination masculine (la question de la reconnaissance du statut des sages-femmes est un exemple qui illustre bien le relent de machisme, y compris dans l’opinion publique !). La femme enceinte doit adopter une attitude obéissante et sexuellement désinvestie ; elle est sans cesse sommée de « faire abstraction » de sa féminité et accepter une longue série de gestes invasifs, comme si son corps ne lui appartenait plus. C’est paradoxal, car beaucoup de femmes enceintes se sentent justement plus féminines que jamais.

En cas d’agression sexuelle, il est impossible de prouver les faits, puisqu’il n’y a ni témoin ni trace d’adn. C’est pourquoi la justice pénale ne pourra jamais résoudre le problème. Beaucoup de gens espèrent naïvement que les agresseurs soient condamnés sur la base d’un simple récit, à la seule condition que ce récit paraisse crédible. Personnellement, j’ai un peu peur de ce raisonnement simpliste. La présomption d’innocence est un principe sacré d’un Etat de droit. Heureusement ce principe est d’ailleurs respectés dans la majorité des cas. Je ne souhaite pas que la justice condamne qui que ce soit sans preuves suffisantes. Nous ne pouvons pas demander à la justice de régler des problèmes profonds de culture professionnelle. Il faut les régler en amont, pour que le passage à l’acte ne soit plus possible.

L’organisation hospitalière est hiérarchique et opaque, l’omerta est la règle. Il est impossible d’avoir le moindre témoignage en cas de problème, car l’esprit corporatiste est extrêmement fort. Dans le cas spécifique des maternités, il y a aussi un problème de mentalité dans l’opinion publique. Il y a encore beaucoup de gens qui considèrent la femme enceinte comme une imbécile hyperémotive, incapable de prendre des décisions, et dépourvue de sexualité. Il n’est donc pas étonnant qu’autant de femmes enceintes acceptent une attitude infantilisante et des comportements humiliants, qu’elles n’accepteraient nulle part ailleurs. De plus, la parole d’une future ou jeune mère peut être facilement contestée sous prétexte qu’elle ne serait pas dans son état normal à cause des changements hormonaux. Le jour où la majorité de la population est prête à considérer la femme enceinte comme une vraie femme adulte dotée d’une sexualité et d’une intelligence, on fera enfin un grand pas, et le problème sera peut-être résolu.

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