Sages hommes, femmes sages

Cela fait bien longtemps que je pensais écrire un billet sur la question épineuse du personnel masculin dans les maternités. C’était prévu dans un avenir indéterminé, mais finalement je m’y suis mise quand j’ai lu encore une discussion navrante comme on en trouve souvent sur le web.
http://www.papamoderne.fr/la-chatte-ma-femme/

En France, les maternités ont été longtemps dominées par les hommes, et la tradition obstétricale française est parmi les plus rétrogrades, misogynes, autoritaires et humiliantes du monde occidental. Tout cela avec l’accord –pour ne pas dire la complicité- d’une grande partie des Françaises (attention, je ne généralise pas…), pour qui le corps de la femme enceinte est laid, les organes génitaux sont sales et dégoûtants, et la grossesse est une parenthèse à la féminité. Pendant des années, les Français n’ont pas été choqués par le « gygy », ses doigts omni-pénétrants et ses blagues grivoises. Le chef, le « gygy », était un homme, et les sages-femmes, ses bonniches, euh pardon ses subordonnées, étaient des femmes. Aujourd’hui, la gynécologie-obstétrique se féminise, et en même temps, le métier de sage-femme compte de plus en plus de praticiens hommes (on dit un maïeuticien ou un sage-femme et non pas un sage-homme, svp). Je précise, j’ai eu moi-même affaire à deux hommes maïeuticiens, qui étaient formidables, très appliqués dans une démarche de naissance respectueuse, bien plus que beaucoup de femmes. Bizarrement, les Français, qui se sont longtemps soumis à la dictature des gynécos pervers-pépères, sont bouleversés de voir leur femme face à un sage-femme homme, comme c’est le cas de l’auteur de cet article.

Je comprends tout à fait cette réaction, seulement je ne comprends pas pourquoi le gynéco homme ne choque pas, seulement le maïeuticien. De façon générale, la discussion sur le sujet en France est navrante. Il faudrait peut-être voir les choses d’une manière plus globale : comme j’ai dit dans un autre billet, en France on fait beaucoup plus de touchers vaginaux que dans les autres pays de l’OCDE, les déshabillages sont parfois excessifs, le langage assez cru, à la limite de la violence verbale. Les Français ont été habitués à l’idée que la femme enceinte n’a pas le droit de se considérer comme une femme, elle est plutôt une mère-objet prétendument désérotisée qui appartient à la collectivité. Maintenant, bien sûr cela me réjouit de voir que les mentalités changent, et qu’un futur père considère sa femme comme son amante, et pas uniquement comme un utérus qui porte sa progéniture. Une réaction de jalousie est parfaitement normale et plutôt rassurante, même si c’est exprimé d’une manière un peu déplacée.

Soyons clairs : je n’ai pas envie d’interdire les métiers de l’obstétrique-maïeutique aux hommes. Par contre, je défends farouchement la liberté de choix pour chaque parturiente. Quelqu’un préfère une praticienne femme, quelqu’un d’autre peut préférer un homme, pour d’autres cela n’a pas d’importance. Chaque personne a le droit à son ressenti, on n’a pas le droit de juger. La grossesse et l’accouchement sont des événements avec une très forte dimension sexuelle. On a beau nous répéter « c’est pas sexuel, il n’y a rien de malsain» -et bien sûr pour la majorité des praticiens c’est heureusement le cas, pour la femme qui subit des gestes invasifs, cela peut être extrêmement sexuel et troublant. Cela est particulièrement vrai pour les femmes qui ont été victimes d’agressions sexuelles dans le passé, et heureusement cela commence à être pris en compte dans les maternités. Mais même sans un passé traumatisant, on peut se sentir troublée, il y a des femmes qui ont peur de jouir involontairement. On entend parfois parler des érections involontaires chez les patients hommes ; chez les femmes, le phénomène équivalent existe, et peut être aggravé pendant la grossesse, par les hormones et le flux sanguin plus important dans les parties sensibles. En France, malheureusement cela n’est jamais évoqué, et tout trouble ressenti par la femme –supposée asexuée pendant la grossesse !!- est mis sur le compte d’un fanatisme religieux ou d’un problème psychique. C’est pourquoi je me permets de constater que dans ce domaine, les Français sont bel et bien en retard.

Je suis donc pour la liberté de chacun de choisir son métier, en l’occurrence le métier de gynéco ou de sage-femme. Mais je suis aussi pour la liberté de chaque parturiente de choisir sa façon d’accoucher. Imposer un homme, ou une équipe d’hommes, à une parturiente que cela met mal à l’aise, est violent. Ce n’est pas une question de qualités humaines ou de compétences professionnelles. L’intimité ne peut pas être réduite à une question de discrimination. N’oublions pas que dans les toilettes et les saunas publiques, les hommes et les femmes sont séparés, et personne ne le considère comme un apartheid. Les fouilles intimes dans les douanes, les prisons et les commissariats sont toujours effectuées par un agent du même sexe, et personne n’aurait l’idée de parler de discrimination. Arrêtons de tout mélanger : refuser un toucher vaginal fait par un homme, ce n’est pas du tout la même chose que de refuser une piqûre sur le bras par un Noir, ou un point de suture sur l’orteil par un hindou/musulman/juif/whatever. Il s’agit du droit de chaque femme de disposer de son intimité. L’égalité républicaine doit trouver d’autres lieux d’expression que le vagin de la femme enceinte !

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