Presque comme une victoire

Je reçois un message de l’avocat de cassation. Il me fait par de la décision du Conseil d’Etat, concernant ma demande d’annulation de la décision de l’ordre des médecins.
Il m’annonce que ma demande a abouti, la décision a été annulée pour un vice de forme. J’ai eu de la chance : dans la rédaction du texte de la décision, il y a de grosses erreurs qui entraînent quasi automatiquement la nullité. C’est pourquoi les autres motifs de ma demande n’ont même pas été examinés par le jury.
C’est donc un peu comme une victoire. Je peux dire « j’ai gagné en cassation ». Ce n’est pas rien.
Le seul ennui, c’est que l’affaire est renvoyé devant l’ordre des médecins, qui doit se prononcer une nouvelle fois. Là, je n’ai rien à espérer. Ca sera pareil que la première fois, perdu d’avance. Je demande à mon avocat s’il est possible d’arrêter la procédure à ce stade. J’ai envie de finir sur une petite note de victoire. A priori, cela semblerait possible. J’ai encore le temps de réfléchir, la nouvelle audience n’aura certainement pas lieu avant l’année prochaine.
Le lendemain, j’apprends aussi par mes connaissances que Dr VieuxPépère a été condamné à quelques mois de prison avec sursis, dans le cadre d’une autre affaire. Je n’en sais pas plus, mais je suis heureuse d’apprendre cette nouvelle !

Le grand paquebot de la justice ordinaire

Après presque une année supplémentaire d’attente, je reçois enfin la convocation du juge d’instruction.
Comme d’habitude, o’organise la journée longtemps à l’avance : j’inscris les enfants à la cantine et à la garderie (heureusement dans ma commune, je peux le faire facilement par internet !), je regarde les horaires des transpors en commun, et je prévois un plan B en cas d’imprévu (enfants malades, grève des transports…).
Mon avocat n’est pas disponible le jour du rendez-vous, donc il sera remplacé par sa jeune associée. Tout s’annonce bien, mais je suis stressée. La nuit qui précède le rendez-vous, j’ai du mal à dormir.

La matinée commence comme d’habitude. Avant de partir au collège, mon aîné me demande si je suis stressée. Oui, un peu, mais pas trop, non, c’est pas dramatique. J’emmène les trois petits à l’école. J’essaie de m’occuper en faisant un peu de repassage. Je reçois un appel de l’école primaire. Mon deuxième se sent mal, il faut que j’aille le chercher. Heureusement j’ai encore le temps. De toutes façons, je lui avais bien précisé que s’il se sent malade, il faut le dire avant la première récré, après ça sera trop tard. Je vais donc chercher numéro deux à l’école. Manifestement il est malade, mais je vois qu’il est content de rentrer à la maison. Il s’installe tout de suite devant sa tablette. C’est cool, les microbes de l’hiver ! Je lui laisse de quoi manger à midi. Il se débrouille bien tout seul pendant deux ou trois heures, il a bientôt 11 ans. Je pars, je suis confiante, mais je stresse.

Sur le chemin, je dépose les lunettes de l’un des enfants chez l’opticien. Les opticiennes sont adorables, comme d’habitude. Une petite halte sympathique sur ce chemin de galère. Les trains circulent normalement. J’arrive devant le palais de justice à l’avance. Je trouve un café pas loin. Je bois un grand café crème. Pour tuer le temps, je fais encore un tour dans un magasin, qui ne m’intéresse pas du tout. Je me dirige finalement vers l’entrée du palais de justice. Il ressemble à un ferry à l’heure de l’embarquement. Il y a des gens de tous les styles et de toutes les conditions. Il y a des visages inexpressifs, il y a aussi de grandes émotions. Chacun réagit à sa façon. C’est le moment qu’ils attendent depuis longtemps. A l’entrée, il y a un contrôle de sécurité, un peu moins détaillé qu’à l’aéroport quand même. Je fonds dans la masse de justiciables ordinaires.

Je retrouve l’avocate devant le bureau dont le numéro figure sur la convocation. Nous avons un peu de temps pour discuter, elle me donne des conseils. J’en ai assez de ces procédures, j’ai envie de tourner la page. Je ne suis plus une jeune accouchée mais une maman d’ados, le stress post-traumatique est disparu. J’ai juste envie de finir cette affaire d’une manière aussi favorable que possible.

Nous sommes enfin invitées à entrer. La juge d’instruction est une jolie petite femme d’une soixantaine d’années. Elle a une belle poitrine. Je suis sûre que dans sa jeunesse, elle en a morflé avec les hommes. J’ai donc bon espoir. Elle ne me considère peut-être pas à priori comme une mythomane hystérique. C’est déjà ça. Cela ne m’empêche pas d’être extrêmement stressée. J’ai presque l’impression d’avoir la tête qui tourne.

L’entretien se passe bien. On reste sur les faits, c’est très sérieux. Mes dépositions sont prises au sérieux, et notés sur un compte rendu par la secrétaire. La juge me trouve tout à fait crédible, mais regrette néanmoins le manque de preuve formelle, comme c’est souvent le cas dans ce type d’affaires. Je suis contente de l’entretien : malgré la faiblesse des preuves, ma parole est prise au sérieux. Je ne risque pas d’être accusée de mensonge. C’est l’essentiel. Cela me convient, je peux arrêter la procédure ici.

Je suis soulagée. Je n’ai plus besoin d’y retourner. J’ai envie de passer à autre chose.