Couac my tits UMP, ou ma lettre ouverte à la droite française

En attendant la très hypothétique prochaine audience, j’ai le temps de régler les comptes avec tout le monde. Je commence par la droite. (AVERTISSEMENT : Je ne vise pas l’ensemble de la bourgeoisie française, il y a toujours des exceptions qui confirment la règle. Je pense notamment à quelques amies catholiques que je connais depuis un certain temps ; que ceux qui ne sont pas visés, ne se fâchent pas !) J’aurais préféré écrire « f*** my tits », mais je me suis dit que ça ne serait pas raisonnable, pas très chrétien, et en plus j’aurais des ennuis avec WP. Donc, hack my tits !
Chers amis de la « France d’en haut », je vous côtoie assez souvent : je suis parent d’élève active dans le collège et école privés de mes enfants, et en plus je suis souvent invitée à des cocktails dans le milieu professionnel de mon mari. C’est dire que je commence à vous connaître ! Vous me voyez toujours souriante et polie, mais vous vous doutez certainement que je ne dis pas tout, que je cache des choses, comme vous aussi d’ailleurs.
A priori, j’ai tout pour être votre amie : j’ai grandi dans un milieu où toute ma famille était plus ou moins de centre-droite libérale, version nordique bien sûr, mais quand même. Dans ma jeunesse j’ai eu l’occasion de visiter quelques pays communistes, et cette expérience m’a tellement marquée que j’ai été vaccinée à vie contre toute forme de marxisme. Pas mal, non ? Je suis tout à fait d’accord avec vous quand vous dites que les sosos détruisent les entreprises, là vous avez toute ma sympathie. Mais voilà, ma sympathie s’arrête là.
Vous connaissez très bien les besoins des entreprises, et c’est très bien. Le problème, c’est que dans tous les autres domaines, vous êtes totalement nuls, et c’est dommage pour votre crédibilité, et c’est même dommage tout court.
Dans un autre billet, j’ai raconté longuement ma procédure à l’Ordre des Médecins. J’ai été révoltée par ce simulacre de justice, et je me demande comment cela est encore possible au 21ème siècle. Il se trouve j’ai googlé les membres des deux jurys qui ont jugé mon affaire, et parmi les membres, il y avait quand même plusieurs militants UMP. Avez-vous une idée de ce que je pense d’eux ? Des has-been ridicules qui ne servent à rien ! D’ailleurs c’est l’existence même de cet ordre professionnel qui me choque ; crée sous Vichy, il aurait dû être dissout il y a longtemps. Pourquoi une telle aberration existe encore ? Parce que la droite, et aussi une partie de la gauche modérée, le permet. Pourquoi il n’y a que la nébuleuse extrême-gauche-écolo qui dénonce le scandale ? Chers amis de la droite française, vous vous ridiculisez, vous faites honte à votre pays.
Bien sûr vous avez appris à être un peu féministes, vous avez remarqué que ça marche bien de nos jours. Vous dénoncez volontiers les violences faites aux femmes dans les transports en commun et autres lieux publiques. Très bien, c’est important, et je suis parfaitement d’accord. L’ennui, c’est que vous ne reconnaissez pas les autres formes de violences. Dans l’immense majorité des affaires d’agressions sexuelles, le profil de l’agresseur ne correspond pas à l’image classique du « voyou », cet « individu suspect » qui sévit dans le métro, les parkings et les ruelles sombres. Bien sûr je ne veux pas nier la réalité de la violence de rue, et je veux exprimer toute ma sympathie et mon soutien aux victimes. Seulement, il ne faut pas oublier que seuls 5% des agressions sexuelles se passent dans ces conditions. Beaucoup plus de femmes sont agressées à la maison, à l’hôpital, ou sur le lieu de travail. Mais vous n’en avez rien à faire, puisque ce n’est pas conforme avec votre idéologie.
Depuis que j’ai été victime d’agression sexuelle à la maternité, je m’intéresse aux questions de la naissance respectueuse, et je découvre qu’en France, c’est un sujet très idéologique. La naissance respectueuse est un thème qu’on cultive beaucoup dans les milieux de gauche-écolo-bobo-altermondialiste. En France, il n’y a qu’eux qui ont encore deux neurones connectées ? En France, il faut être soso-coco-écolo pour s’intéresser au respect de l’intégrité des femmes ! Non mais.
Depuis ces derniers temps, vous insistez beaucoup sur l’importance de la différenciation des sexes, et vous dénoncez les dérives d’une prétendue « théorie du genre ». Très bien, mais soyez logiques ! Vous voulez qu’une femme ressemble à une femme, mais si vous croisez une femme comme moi, qui ai une poitrine volumineuse, vous me regardez de travers parce que vous trouvez cela un peu mauvais genre, limite vulgaire. Vous avez peur que je vous vole vos maris à l’occasion d’un cocktail à cent balles ? Sérieusement, vos pauvres bonshommes ne m’intéressent pas. Vous n’aimez pas que je porte ma veste de tailleur déboutonnée parce qu’on voit trop bien ma silhouette. Vous ne comprenez pas que si je boutonne ma veste, c’est cent fois pire ! Il faut être une femme, mais pas trop, parce que trop c’est trop. Vous affirmez haut et fort que vos ventres ne sont pas des caddies. Très bien ! Mais je ne vous ai jamais vus dénoncer les dérives de la tradition obstétricale française, paternaliste et misogyne, qui considère la femme enceinte comme un objet, une non-femme. Vous êtes scandalisés par les plages naturistes, et vous avez peut-être raison, même si les gens qui y vont, le font par choix, sans contrainte, et sans rien imposer aux autres. Cette forme de nudité vous choque, mais vous n’êtes pas du tout choqués par les mises à nu violentes et les gestes excessivement invasifs qu’on impose aux femmes dans certaines maternités. Pour vous c’est un non-sujet qui n’a pas d’importance. Les militantes féministes soso-coco-écolos sont plus intélligentes que vous.
F*** my tits, UMP ! Je dis ça, je suis de droite !
Voilà, j’étais peut-être un peu directe, désolée. Dans mon prochain billet, je vais adresser deux-trois mots à mes amies féministes de gauche. A très bientôt…

Sages hommes, femmes sages

Cela fait bien longtemps que je pensais écrire un billet sur la question épineuse du personnel masculin dans les maternités. C’était prévu dans un avenir indéterminé, mais finalement je m’y suis mise quand j’ai lu encore une discussion navrante comme on en trouve souvent sur le web.
http://www.papamoderne.fr/la-chatte-ma-femme/

En France, les maternités ont été longtemps dominées par les hommes, et la tradition obstétricale française est parmi les plus rétrogrades, misogynes, autoritaires et humiliantes du monde occidental. Tout cela avec l’accord –pour ne pas dire la complicité- d’une grande partie des Françaises (attention, je ne généralise pas…), pour qui le corps de la femme enceinte est laid, les organes génitaux sont sales et dégoûtants, et la grossesse est une parenthèse à la féminité. Pendant des années, les Français n’ont pas été choqués par le « gygy », ses doigts omni-pénétrants et ses blagues grivoises. Le chef, le « gygy », était un homme, et les sages-femmes, ses bonniches, euh pardon ses subordonnées, étaient des femmes. Aujourd’hui, la gynécologie-obstétrique se féminise, et en même temps, le métier de sage-femme compte de plus en plus de praticiens hommes (on dit un maïeuticien ou un sage-femme et non pas un sage-homme, svp). Je précise, j’ai eu moi-même affaire à deux hommes maïeuticiens, qui étaient formidables, très appliqués dans une démarche de naissance respectueuse, bien plus que beaucoup de femmes. Bizarrement, les Français, qui se sont longtemps soumis à la dictature des gynécos pervers-pépères, sont bouleversés de voir leur femme face à un sage-femme homme, comme c’est le cas de l’auteur de cet article.

Je comprends tout à fait cette réaction, seulement je ne comprends pas pourquoi le gynéco homme ne choque pas, seulement le maïeuticien. De façon générale, la discussion sur le sujet en France est navrante. Il faudrait peut-être voir les choses d’une manière plus globale : comme j’ai dit dans un autre billet, en France on fait beaucoup plus de touchers vaginaux que dans les autres pays de l’OCDE, les déshabillages sont parfois excessifs, le langage assez cru, à la limite de la violence verbale. Les Français ont été habitués à l’idée que la femme enceinte n’a pas le droit de se considérer comme une femme, elle est plutôt une mère-objet prétendument désérotisée qui appartient à la collectivité. Maintenant, bien sûr cela me réjouit de voir que les mentalités changent, et qu’un futur père considère sa femme comme son amante, et pas uniquement comme un utérus qui porte sa progéniture. Une réaction de jalousie est parfaitement normale et plutôt rassurante, même si c’est exprimé d’une manière un peu déplacée.

Soyons clairs : je n’ai pas envie d’interdire les métiers de l’obstétrique-maïeutique aux hommes. Par contre, je défends farouchement la liberté de choix pour chaque parturiente. Quelqu’un préfère une praticienne femme, quelqu’un d’autre peut préférer un homme, pour d’autres cela n’a pas d’importance. Chaque personne a le droit à son ressenti, on n’a pas le droit de juger. La grossesse et l’accouchement sont des événements avec une très forte dimension sexuelle. On a beau nous répéter « c’est pas sexuel, il n’y a rien de malsain» -et bien sûr pour la majorité des praticiens c’est heureusement le cas, pour la femme qui subit des gestes invasifs, cela peut être extrêmement sexuel et troublant. Cela est particulièrement vrai pour les femmes qui ont été victimes d’agressions sexuelles dans le passé, et heureusement cela commence à être pris en compte dans les maternités. Mais même sans un passé traumatisant, on peut se sentir troublée, il y a des femmes qui ont peur de jouir involontairement. On entend parfois parler des érections involontaires chez les patients hommes ; chez les femmes, le phénomène équivalent existe, et peut être aggravé pendant la grossesse, par les hormones et le flux sanguin plus important dans les parties sensibles. En France, malheureusement cela n’est jamais évoqué, et tout trouble ressenti par la femme –supposée asexuée pendant la grossesse !!- est mis sur le compte d’un fanatisme religieux ou d’un problème psychique. C’est pourquoi je me permets de constater que dans ce domaine, les Français sont bel et bien en retard.

Je suis donc pour la liberté de chacun de choisir son métier, en l’occurrence le métier de gynéco ou de sage-femme. Mais je suis aussi pour la liberté de chaque parturiente de choisir sa façon d’accoucher. Imposer un homme, ou une équipe d’hommes, à une parturiente que cela met mal à l’aise, est violent. Ce n’est pas une question de qualités humaines ou de compétences professionnelles. L’intimité ne peut pas être réduite à une question de discrimination. N’oublions pas que dans les toilettes et les saunas publiques, les hommes et les femmes sont séparés, et personne ne le considère comme un apartheid. Les fouilles intimes dans les douanes, les prisons et les commissariats sont toujours effectuées par un agent du même sexe, et personne n’aurait l’idée de parler de discrimination. Arrêtons de tout mélanger : refuser un toucher vaginal fait par un homme, ce n’est pas du tout la même chose que de refuser une piqûre sur le bras par un Noir, ou un point de suture sur l’orteil par un hindou/musulman/juif/whatever. Il s’agit du droit de chaque femme de disposer de son intimité. L’égalité républicaine doit trouver d’autres lieux d’expression que le vagin de la femme enceinte !

La prise en charge des femmes enceintes victimes des violences conjugales ? (Le Monde 8/3/2014)

Dans Le Monde d’aujourd’hui, j’ai lu un article intéressant sur le suivi des femmes enceintes victimes des violences conjugales, avec l’exemple d’une maternité qui a mis en place des mesures concrètes :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/03/08/les-femmes-enceintes-plus-souvent-touchees-par-les-violences-conjugales_4379891_3224.html

Quand j’ai vu le titre sur la première page, je me suis dit, non sans cynisme, que c’est surtout une façon de remettre le débat sur les rails, après les scandales très médiatisés des violences sexuelles commises par des gynécologues. Histoire de nous faire un petit rappel, pour dire que la plupart du temps, le vrai salaud c’est quand même le conjoint, et que les professionnels de la santé ont raison de nous infantiliser gentiment. Je me suis dit pffff… et j’ai quand même continué la lecture. Heureusement, car l’article est très intéressant, basé surtout sur l’interview d’une jeune sage-femme chargée de ce projet. Youpi ! Les journalistes ont donc donné la parole à une jeune sage-femme, c’est déjà un point positif.

Dans l’introduction, l’exemple dramatique d’une mère de famille dont le bébé était né avant terme à cause des violences subies pendant la grossesse. La visite quotidienne en réa néonat, « un peu plus tôt le dimanche parce qu’elle vient « directement après l’église » ». Merci pour la précision. Une femme au nom vraisemblablement d’origine étrangère, et surtout catho pratiquante, victime typique en quelque sorte. On voit bien que c’est Le Monde. Si c’était dans Le Figaro, ils n’auraient pas mis la petite phrase sur la messe dominicale, par contre ils auraient précisé l’origine ethnique. Oui, désolée, je suis cynique. Bref.

Ensuite, la partie vraiment intéressante, où le journaliste donne quelques chiffres, et développe sur la nécessité du dépistage des problèmes de violences pendant le suivi de la grossesse. Pourquoi les femmes ne sont pas très nombreuses à en parler spontanément aux soignants ? Selon la sage-femme, les victimes n’ont pas envie de parler parce qu’elles trouvent que c’est hors sujet, ou que cela n’intéresse personne. Peut-être. C’est une piste de réflexion. Mais, à mon humble avis, ce n’est pas tout. Bien sûr je ne suis pas une grande spécialiste du sujet, n’ayant jamais été personnellement concernée par la violence conjugale. Mais si je me mets dans la tête d’une femme qui vient consulter pour un suivi routinier de la grossesse, je dois dire que franchement la situation n’est pas propice à la discussion, ça ne donne pas envie de se confier.

Je veux dire qu’une visite obstétricale à la française est déjà en soi une situation violente, en quelque sorte. Je n’ai pas d’antécédents psychiatriques, je n’ai jamais été victime de violences dans le passé, et j’estime avoir un rapport assez décomplexé au corps. Et pourtant, je déteste. Ca ne m’étonnerait pas qu’une personne déjà plusieurs fois victime revive ses traumatismes dans ces situations. Une visite de contrôle devrait pourtant être ce merveilleux « rendez-vous avec le bébé », comme on nous répète dans les magazines. En réalité, beaucoup de femmes n’arrivent pas à penser à leur futur bébé, encore moins à discuter de leur vie privée, à cause des touchers vaginaux répétitifs et sans véritable consentement, souvent pratiqués par des hommes (annoncer « je vais vérifier le col » n’est pas une demande de consentement, tout au plus un pseudo-consentement opt-out). De même, pour mesurer la hauteur de l’utérus et la tension artérielle, ou pour écouter le cœur du fœtus, je ne vois pas pourquoi il serait obligatoire de rester les fesses à l’air et les cuisses écartées. Qui de censée aurait envie d’une moindre discussion dans une telle position ? C’est aussi attendrissant et valorisant qu’une fouille intime aux douanes ou au commissariat. Il n’y a pas de place à la prise en charge psychologique dans ce contexte.

J’en ai assez d’entendre que « ça fait rien, ils ont l’habitude, c’est pas sexuel ». Pour la femme qui subit ces rendez-vous, la succession des gestes invasifs peut faire revivre des choses extrêmement douloureuses, qui peuvent toucher aussi à sa sexualité. La façon dont l’obstétrique hospitalière considère la femme comme un objet, est déjà assez violente en soi. Selon une certaine pensée encore largement en vigueur, la femme cesserait momentanément d’être une vraie femme, et le rôle du soignant serait lui rendre cette féminité qu’elle aurait soi-disant perdu en cours de route. A la base, cette idée –encore aujourd’hui rabâchée dans divers média- contient en elle-même une bonne dose de misogynie potentiellement violente. Allez allez, laisse-toi faire, de toutes façons t’es même pas une vraie femme !

Pourquoi la justice pénale n’est pas la solution

La violence sexuelle est un phénomène marginal, mais réel, dans les maternités. Malheureusement, faute de statistiques et de débat sérieux, toute réflexion sur le sujet reste au stade des fantasmes et du discours de café du commerce. Au pire, les affaires les plus choquantes sont médiatisées d’une manière totalement déplacée, sans le moindre souci du respect de la procédure. Ces faits divers extrêmes sont, à mon avis, seulement la partie émergée de l’iceberg. Il y a un problème culturel plus large, dont les agressions sexuelles ne sont que le signe le plus visible.
Comme j’ai déjà dit dans un autre billet, j’ai été surprise de découvrir l’univers de l’obstétrique, extrêmement machiste, hiérarchique et autoritaire. J’y ai découvert un paternalisme condescendant que je ne pensais même plus exister. Malgré la féminisation progressive de cette spécialité, on sent encore l’héritage lourd de la domination masculine (la question de la reconnaissance du statut des sages-femmes est un exemple qui illustre bien le relent de machisme, y compris dans l’opinion publique !). La femme enceinte doit adopter une attitude obéissante et sexuellement désinvestie ; elle est sans cesse sommée de « faire abstraction » de sa féminité et accepter une longue série de gestes invasifs, comme si son corps ne lui appartenait plus. C’est paradoxal, car beaucoup de femmes enceintes se sentent justement plus féminines que jamais.

En cas d’agression sexuelle, il est impossible de prouver les faits, puisqu’il n’y a ni témoin ni trace d’adn. C’est pourquoi la justice pénale ne pourra jamais résoudre le problème. Beaucoup de gens espèrent naïvement que les agresseurs soient condamnés sur la base d’un simple récit, à la seule condition que ce récit paraisse crédible. Personnellement, j’ai un peu peur de ce raisonnement simpliste. La présomption d’innocence est un principe sacré d’un Etat de droit. Heureusement ce principe est d’ailleurs respectés dans la majorité des cas. Je ne souhaite pas que la justice condamne qui que ce soit sans preuves suffisantes. Nous ne pouvons pas demander à la justice de régler des problèmes profonds de culture professionnelle. Il faut les régler en amont, pour que le passage à l’acte ne soit plus possible.

L’organisation hospitalière est hiérarchique et opaque, l’omerta est la règle. Il est impossible d’avoir le moindre témoignage en cas de problème, car l’esprit corporatiste est extrêmement fort. Dans le cas spécifique des maternités, il y a aussi un problème de mentalité dans l’opinion publique. Il y a encore beaucoup de gens qui considèrent la femme enceinte comme une imbécile hyperémotive, incapable de prendre des décisions, et dépourvue de sexualité. Il n’est donc pas étonnant qu’autant de femmes enceintes acceptent une attitude infantilisante et des comportements humiliants, qu’elles n’accepteraient nulle part ailleurs. De plus, la parole d’une future ou jeune mère peut être facilement contestée sous prétexte qu’elle ne serait pas dans son état normal à cause des changements hormonaux. Le jour où la majorité de la population est prête à considérer la femme enceinte comme une vraie femme adulte dotée d’une sexualité et d’une intelligence, on fera enfin un grand pas, et le problème sera peut-être résolu.

Si cela vous arrivait… 3, De retour à la maison

Vous avez été victime d’agression sexuelle au bloc opératoire. Vous voilà enfin sortie de l’hôpital. De retour à la maison, vous vous demandez s’il faudrait faire quelque chose. Si vous n’êtes pas amnésique, vous voulez peut-être tout oublier et penser à l’avenir. Si vous retrouvez les souvenirs après une période d’amnésie passagère, vous vous demandez comment vous débarrasser de ces flash-back envahissants qui vous pourrissent la vie.

Les deux premières choses les plus importantes à faire :
1) Cherchez de l’aide d’un psychologue ou d’un psychiatre. Si vous souffrez de troubles post-traumatiques, vous ne vous en sortirez pas seule. Faites établir un certificat sur votre état de souffrance psychique.
2) Ecrivez le récit des événements sur un document destiné uniquement à vous-même, et lisez-le. Même si vous ne voulez pas porter plainte, c’est important pour mettre de l’ordre dans vos idées. Si vous envisagez d’engager une procédure, imprimez ce document et lisez-le plusieurs fois. Dans le cadre d’une procédure, on vous demandera de raconter les événements d’une manière détaillée et cohérente. Si vous avez appris votre récit par cœur, cela vous aidera par la suite. En plus, vous serez amenée à lire et à commenter des documents écrits par le tribunal ou par la partie adverse. Le choc sera moins rude si vous vous préparez mentalement.

Si vous décidez de ne pas porter plainte, c’est votre choix, personne n’a le droit de le critiquer.
Si vous voulez réagir, mais vous n’avez pas le courage d’entamer de procédure, écrivez au moins une lettre recommandée à l’établissement pour dénoncer votre agresseur. Le texte doit être bref, et dépourvu d’émotion. Vous obtiendrez peut-être une réponse, même si ce n’est pas garanti. Vous serez éventuellement invitée à une réunion de médiation, mais ce n’est pas systématique.

Si vous envisagez une procédure, allez voir un avocat, ou si vous n’en avez pas les moyens dans l’immédiat, contactez une association d’aide aux victimes ou une permanence juridique.

Il y a aussi certaines choses à ne pas faire. Si vous échangez des messages sur les forums de discussion ou les réseaux sociaux, ne mentionnez pas le nom de l’établissement ou de l’agresseur, et ne faites surtout pas d’appel à témoin nominatif. C’est considéré comme de la diffamation, même lorsque les faits sont avérés, et cela se retournera contre vous.

Si cela vous arrivait… 2, Exfiltrez-vous du poulailler !

Dans le billet précédent, j’ai traité des conditions qui favorisent l’agression sexuelle dans le contexte très particulier du bloc opératoire. Maintenant, si le mal est fait, qu’est-ce qui va se passer ? Comment réagir ?

Dans un premier temps, vous n’avez peut-être qu’un souvenir très flou de ce qui s’est passé. Vous êtes peut-être indifférente, vous trouvez l’incident dérisoire ou risible. Vous pouvez même faire une amnésie passagère sur une partie des événements. La durée de cette période est très variable selon les cas, en fonction de la sensibilité personnelle de la victime et la gravité du traumatisme.
Par la suite, la plupart des victimes développent des symptômes post-traumatiques. Si vous avez fait une amnésie totale ou partielle sur les événements, vous aurez des souvenirs angoissants, également appelés les flash-back, quelques temps plus tard, souvent suite à un événement déclencheur qui réactive la mémoire. Même chez les victimes qui n’ont pas eu d’amnésie, les souvenirs peuvent devenir envahissants. Cela peut conduire par exemple à un état dépressif, souvent accompagné d’un sentiment d’isolement ou de dévalorisation. Les personnes plus sensibles peuvent souffrir de crises de panique, ou de souvenirs tellement intenses qu’ils sont vécus comme des hallucinations.

Que faire ?
Tout d’abord, réfléchissez tranquillement, vous avez le temps. (Attention, ce conseil ne concerne évidemment pas les cas de viol qui laissent des traces d’adn, rarissimes en milieu hospitalier ; dans ce cas, le seul bon conseil est de porter plainte immédiatement afin de récupérer la preuve).
La vraie difficulté dans la plupart de cas, c’est qu’il s’agit d’une « agression sexuelle autre que le viol », qui ne laisse pas de preuve matérielle. Pas de témoin, pas de trace d’adn, que faire ?

Vous avez le droit de garder le silence sur les événements pendant votre hospitalisation. C’est ce que j’ai fait, et à posteriori je ne le regrette pas. Ne rien dire est votre droit le plus strict. Vous n’êtes pas tenue de « dialoguer » avec votre agresseur ou ses complices. Si toutefois vous dites quelque chose sur place, refusez toute tentative de médiation. Pourquoi est-il important d’attendre votre sortie ? Simplement parce que vous risquez de vous retrouver seule face à une équipe soudée et une hiérarchie écrasante. On vous fera comprendre gentiment qu’il s’agit d’un malentendu et que c’est vous qui avez un problème. Vous aurez peut-être droit à des excuses bidon, ou à des réflexions psychologiques à la petite semaine, pour vous faire changer d’avis et pour vous dissuader de porter plainte. Dans un état post-opératoire, vous êtes trop fatiguée pour faire face à cette situation. Notez aussi que ce n’est pas vous qui rédigez le dossier d’hospitalisation, vous aurez uniquement un droit d’accès à ces données. Si vous ne dites rien, il n’y aura aucune mention d’un problème, et ça sera la preuve qu’il ne s’est rien passé. Si vous signalez l’incident, soit il ne sera pas mentionné dans le dossier, soit il y aura des observations sur votre comportement ou votre état psychique, ce qui servira à prouver que vous êtes malade mentale. Quoi que vous fassiez, votre dossier jouera contre vous.

Pendant votre séjour, faites semblant de jouer le jeu, faites des sourires forcés, et employez abondamment les formules de politesse comme « bonjour », « merci » et « s’il vous plaît ». C’est bluffant, surtout dans un hôpital peuplé de patients agressifs qui passent leur temps à râler. Avec un peu de chance, vous pourrez sortir plus tôt que prévu. Reposez-vous bien pour retrouver vos forces, vous en aurez besoin par la suite.

Si cela vous arrivait… 1, Attention danger

Et si c’était vous, la prochaine victime d’agression sexuelle au bloc opératoire ? Tout d’abord, quelle est la probabilité que cela vous arrive ? Nul ne le sait avec certitude, mais il y a des conditions qui rendent le passage à l’acte plus probable.

Premièrement, les conditions extérieures : en fin de soirée ou en pleine nuit, et pendant les périodes de vacances, il y a moins de monde sur place. Il y a plus de risque que la victime se retrouve seule avec son ou ses agresseurs.

Deuxièmement, le profil de l’agresseur potentiel : plutôt en fin de carrière et au sommet de la hiérarchie, avec des amis dans la direction de l’établissement. Un jeune débutant est moins dangereux, il n’ose pas compromettre son avenir professionnel aussi facilement.

Troisièmement, le profil de la victime. Là, la question devient plus délicate. Pour dire les choses franchement, il y a deux possibilités :
a) soit, vous êtes exceptionnellement belle (ce qui n’est pas mon cas ! je préfère le préciser, au cas où quelqu’un serait tenté de penser que je suis une pauvre petite princesse qui se prend pour une poupée barbie)
b) soit, certains détails laissent penser que vous êtes une fille facile, sans que vous soyez particulièrement belle. Faites attention, si
– vous avez des tatouages ou des traces de piercing : malgré toutes les évolutions des mentalités, le tatouage sur une femme reste toujours le « tramp stamp », as they say. Idem pour les piercings, surtout s’ils sont nombreux. Vous êtes perçue comme quelqu’un qui défie les normes, même si vous aviez sagement enlevé vos bijoux avant le passage au bloc. La trace reste, et ne trompe pas.
– vous êtes épilée d’une manière intéressante. Contrairement à ce qu’on nous le répète, l’épilation vraiment intégrale n’a JAMAIS été la norme, mais plutôt le signe d’une sexualité décomplexée. Et contrairement à ce que pensent certai(ne)s, une vraie épilation ne ressemble pas, mais pas du tout, à un rasage à sec, fait à la va-vite sur place.
– vous avez des détails anatomiques intéressants, notamment des seins volumineux, ou une forme de vulve un peu particulière. Ils ont beau avoir « l’habitude » de tout voir, là n’est pas la question. J’ai dit dans un autre billet, que dans ces affaires, il s’agit beaucoup plus de domination que de sexe.
– vous avez un comportement détendu et souriant. Dans certains établissements c’est assez inhabituel. Le personnel a surtout l’habitude des larmes et des pétages de plombs. Les rares fois qu’ils voient une personne plus cool, il y a un risque de dérapage.

Si plusieurs de ces conditions sont réunies, le risque est réel, surtout dans le monde de la gynécologie-obstétrique. C’est un milieu particulièrement archaïque, où on attend de la femme enceinte une attitude avant tout obéissante, discrète et sexuellement désinvestie. Si votre look ou votre comportement trahit l’existence d’une quelconque vie sexuelle, vous êtes transgressive, selon les critères masculinistes. Une personne perçue comme transgressive éveille l’envie de dominer.

Les sages-femmes méritent mieux

Ca fait déjà longtemps que je rêve d’écrire un billet brillant en faveur des sages-femmes, mais je suis toujours en manque d’inspiration.
Je les laisse s’exprimer. Il y a quelques blogueuses sage-femmes qui sont géniales. Voici un texte que j’ai apprécié :
http://betadinepure.eklablog.com/le-coin-de-knackie-c68394
C’est très bien dit.

J’en ai marre du « French-bashing »

La presse anglo-saxonne aime bien critiquer la France et les Français, cela arrive régulièrement, comme Newsweek l’a fait la semaine dernière. Les Français eux-mêmes aiment aussi critiquer leur pays. La petite phrase « j’ai honte pour la France » est devenu presque une figure de style, qu’il faut mettre à la fin de chaque commentaire, quel que soit le sujet. Si ce n’est pas l’adversaire politique, c’est telle réforme, ou telle question de société. Tout va toujours mal, seule la France est concernée, et c’est la honte. Ca m’énerve. Cette manière de se plaindre de tout est surtout un bon moyen d’éviter les discussions sérieuses sur les sujets qui le méritent. Cela fait des années que je vis en France, et je vois surtout que les problèmes sont à peu près les mêmes que partout ailleurs.

Personnellement, il n’y a qu’une seule chose que je trouve désolante en France : c’est la manière dont la majorité des Français voient la maternité. Je ne supporte plus leur façon de considérer la femme enceinte comme un objet qui appartient à la collectivité. Ils font l’amalgame entre la naissance respectueuse et les idéologies sectaires, c’est horripilant. Chaque fois qu’une femme enceinte refuse de baisser la culotte, c’est la République laïque qui s’écroule. Ca, ça fait honte à la France.

Pour tout le reste, tout va très bien. La France est un beau pays.

Attendre un bébé en France

Le système de santé français est, dans l’ensemble, très performant. Les Français sont à la pointe dans plusieurs spécialités médicales, et la plupart du temps, on a affaire à des professionnels sérieux et dynamiques. Dans le passé, j’avais déjà eu affaire à des médecins généralistes, j’ai fait deux passages aux urgences (là ce sont les patients qui se comportent vraiment n’importe comment !), et j’avais déjà connu le suivi gynécologique basique, avec des praticiennes qui m’avaient l’air d’être des féministes de première heure. J’ai été très surprise en découvrant l’univers de l’obstétrique. Bizarrement, j’ai l’impression que c’est le dernier bastion du machisme ringard. C’est un monde rétrograde, hiérarchique, autoritaire et paternaliste, dominé par les vieux hommes. Malgré la féminisation progressive de la profession, le poids de la tradition est écrasant.

J’ai l’impression que ce paternalisme autoritaire plaît à beaucoup de Françaises -attention, c’est une impression générale, mais je ne veux pas mettre tout le monde dans le même sac, je sais bien qu’il a de grandes différences de mentalité. Elles sont quand même nombreuses à préférer un suivi par un médecin spécialiste, y compris en l’absence de pathologie. En Europe du Nord, où les statistiques de santé maternelle et néonatales sont meilleures qu’en France soit-dit en passant, l’obstétricien est surtout un spécialiste des pathologies de la grossesse. En France, il est bien plus encore. Le « gygy », comme certaines l’appellent affectueusement, est aussi un père confesseur, un coach, un protecteur, un confident et un psycho-sexothérapeute. Ces Françaises, d’habitude assez fières et pudiques, oublient toute notion de respect de soi quand elles sont face à leur « gygy ».

Cette mentalité se reflète bien sûr dans les pratiques obstétricales. Dans le cadre du suivi routinier de la grossesse, les Français pratiquent un nombre hallucinant de touchers vaginaux, plus que nulle part ailleurs (hormis peut-être les US). Je sais bien que c’est inévitable, ce n’est pas par les narines qu’on fait sortir le bébé… mais trop c’est trop. Ailleurs on a même tendance à dire que trop d’examens invasifs augmenteraient le risque d’infection.

En France, on trouve aussi un nombre non négligeable d’obstétriciens qui pratiquent le déshabillage complet lors d’un simple examen de routine. En réalité, cela n’a aucun intérêt sur le plan médical, ces mises à nu servent surtout à montrer qui est le chef. C’est la grande spécialité française, tout est bon pour montrer à la femme enceinte que son corps ne lui appartient pas. Personnellement, j’ai eu affaire à ces cas au moins deux fois, mais j’ai réussi à refuser.

En théorie, on a bien sûr le droit de refuser ce qui ne nous convient pas. En réalité, il faut faire attention à ne pas trop discuter. Généralement, j’ai préféré ne rien dire, même dans les situations désagréables. En France, les questions qui touchent au respect de la femme enceinte, sont considérées avant tout comme des revendications idéologiques, voire sectaires. Ainsi, en salle de travail, il faut accepter une série de gestes invasifs sans aucun souci du consentement ; dans beaucoup d’établissements on continue d’imposer la position gynécologique lors d’un accouchement normal, tandis que et les femmes césariées sont laissées entièrement nues pendant de très longs moments. Le personnel masculin emploie souvent un langage vulgaire, et un certain degré d’humiliation est considéré comme quelque chose qui fait partie du jeu. Si on n’apprécie pas cette ambiance virile, et on est vite soupçonnée d’être témoin de Jéhovah ou salafiste.

Bien sûr il y a beaucoup de différences entre les établissements, et l’évolution des dernières années est globalement positive. Il n’en reste pas moins que beaucoup de choses que la majorité des Français considèrent comme normales, seraient des anomalies, voire des fautes professionnelles dans bien d’autres pays européens. Les Français continuent de sacraliser la maternité.