40+

A quarante ans, il y a des choses qu’on ne devrait plus faire si on ne veut pas passer pour une ado attardée. Un procès pour agression sexuelle en est une. Une plaignante qui a vingt ans, c’est un peu logique quelque part. Mais une vieille poufiasse qui en a quarante, pour qui elle se prend ? Qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres ? Dès le départ, l’opinion publique est à priori hostile.
Le seul avantage par rapport à une plaignante plus jeune, c’est qu’à 40 ans, on est plus sûre de soi, on s’exprime avec plus d’assurance et moins d’émotion. Ceux qui crient d’habitude à la mythomane névrosée, sont vite impressionnés par une femme affirmée et élégante, en bonne situation, qui a dû s’organiser et payer des honoraires pour aller au tribunal, et qui s’exprime calmement avec une voix audible. Du coup, comme l’hypothèse de la névrose mythomaniaque juvénile ne tient plus la route, on en trouve d’autres, de plus solides : une vengeance personnelle ? Ou bien un véritable complot qui vise à détruire un établissement ou un individu ? (Là, je vous laisse imaginer le générique de Dallas ou de X-Files, c’est comme vous voulez !) Au moins ça a le mérite d’être flatteur ! Mais l’idée qu’une femme de quarante ans (bon d’accord, un peu moins au moment des faits, mais quand même), mère de famille en plus, ait pu attirer un obsédé sexuel, alors là non, mais non quoi !

Cette incrédulité s’exprime souvent dans les petites phrases assassines que j’ai désormais l’habitude d’entendre. Bien sûr j’évite de parler de mon affaire autour de moi, même à des gens qui me connaissent, car je sais que le sujet est délicat. Mais parfois je suis obligée de lâcher le morceau, surtout si on me questionne avec insistance sur les raisons de mes voyages inopinéss. La réaction de l’interlocutrice ne se fait pas attendre (eh oui, les « perles », ça vient toujours des femmes de 40-50 ans):
« Mais c’est incroyable ! »
– Mmouaais merci. Ca veut dire quoi au fait ? Si j’étais une étudiante de vingt ans, est-ce que vous le trouveriez tellement « incroyable » ?
« Mais il est malade ! »
– Mmmmmmouaaais…. Comme ça, pour tripoter une has-been comme moi, il faudrait être carrément malade. Merci… Franchement, ça me met mal à l’aise. Si on laissait les expressions les plus extrêmes là où elles appartiennent, dans le domaine de la pathologie justement ? Ne serait-ce que par respect pour toutes celles qui ont réellement été victimes des gens malades, que sont entre autres les pédophiles et les tueurs en série. Il y a bel et bien une échelle de gravité, il y a agression et agression.
« T’a vraiment pas eu de chance ; ce style d’agresseur ne trie pas ses victimes, il profite de l’occasion pour passer à l’acte ».
– Merci infiniment. Si ç’avait été mon vieux caniche, ils lui auraient fait la même chose, ces salopards ! Bouaaah, la vie est vraiment trop inzuste !
« On dirait que t’as minci » (phrase banale en soi, mais répétée régulièrement depuis que j’ai dit que je suis en procès)
– Heuuu… ça veut dire qu’au moment des faits j’étais grosse, c’est ça, et que beurk ? Bon d’accord, je sais que je devrais perdre un peu de poids, et pour tout dire, il m’arrive de faire des régimes de temps en temps. Seulement, je ne veux pas faire n’importe quoi n’importe comment, et surtout pas maigrir trop vite ; j’ai une belle poitrine que j’ai envie de conserver malgré (ou devrais-je plutôt dire grâce à) toutes les (més)aventures qu’elle m’a value au cours de ces années. J’ai ma méthode régime + exercices, mais je ne le développerai pas davantage ici, par peur de passer pour une bimbo décérébrée (parce que être une bimbo décérébrée à 41 ans, ça craint !). Donc vous inquiétez pas, la situation est sous contrôle !

Et puis il y a la perle de toutes les perles, l’ultime arme des donneuses de leçon : le « ON ». Là, mon expérience est proche de celle des femmes qui ont fait des bébés à la quarantaine passée, et qui ont droit au grand « on » plusieurs fois par jour. « On » n’est plus très jolie, « on » a tel ou tel défaut, « on » n’est plus attirante, « on » a dépassé l’âge, « on » a tellement de soucis plus graves. L’emploi du « on » est tellement pratique : pas besoin de dire « tu », qui est plus agressif. C’est plus poli de s’inclure soi-même dans le groupe qui est visé. Que pourrais-je faire, sinon faire poliment semblant d’être d’accord ? (Argh !) La date de péremption est dépassée, il y a un âge pour tout. Nous, on le sait, n’est-ce pas.

Non mais sérieusement, je sais que vous avez juste envie de me dire : « Espèce de vieille moche, tu oses dire que tu intéresses encore les hommes ?! » C’est normal, n’ayez pas honte de le dire. Allez, tou(te)s ensemble ! A la une, à la deux, à la trois :
« ESPECE DE VIEILLE MOCHE, TU OSES DIRE QUE TU INTERESSES ENCORE LES HOMMES ?! »
Ouf, ça fait du bien de le dire !

Growing Up Like Skipper

Growing Up Like Skipper.

L’article par une grande blogueuse spécialisée dans la réflexion sur le corps féminin. Ici, elle raconte son expérience sur ce que c’est que la vie d’une jeune femme qui a une poitrine volumineuse.